Cet étrange vide dans mes yeux épuisés, c'était ton ombre qui se promenait. Aucun repos, jamais. Aucun droit à l'erreur, jamais. Je devais aller, pour toi, toujours plus haut, toujours plus loin. "Ca passe ou ça casse! Et même si ça casse, ça passe" était notre devise. Même s'il fallait ramper pour finir quelque chose, je le faisais POUR TOI. C'était pour mon bien, tu te souviens?
Tu ne laissais rien entrevoir aux "autres", TOUS les autres. Ils ne pouvaient pas comprendre et ils ne le pourraient jamais. Mes amis sont devenus nos ennemis. Mes proches furent contraints de s'éloigner. Ma vie sociale a été réduite à néant. Plus de sortie, plus de loisirs. Nous risquions trop d'être découvertes, TOI ET MOI. Mais après que tu m'ais expliqué, j'ai bien compris que c'était les autres qui ne voulaient plus de moi, ou plutôt de NOUS.
Mes émotions tu les gérais : c'est simple, tu les supprimais. Plus d'amour, ni d'amitié. Plus d'envie, ni de désir. Sauf, bien-sûr, si cela te concernait, NOUS concernait.
Tu savais si bien y faire, si bien m'aveugler... Plus je dévalais une pente sans fin, ni faim, plus TU me persuadais que je m'élevais, que je grandissais. Plus mes forces s'amenuisaient, plus la tienne se démultipliait. Certains ont vu la mort danser dans mes yeux, les narguer, les provoquer...
18 ans après l'émerveillement d'une naissance, TU leur as -NOUS leur avons- montré qu'il suffisait d'un mot pour que tout bascule. Nous dansions ensemble chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde... Les menottes aux poignets je TE suppliais encore de rester avec MOI... Le couteau que tu me glissais sous la gorge renforçait NOTRE amour, NOTRE histoire.
Souviens-toi... Les coups, les douleurs, l'épuisement moral et physique, l'affrontement et la lutte perpétuels... Souviens-toi... Mes yeux cernés de noir, mes articulations à l'agonie, mes machoires paralysées, le sang qui coulait, mes jambes qui ne me portaient plus, les tremblements, les évanouissements, les douleurs irradiantes dans le thorax...
Souviens-toi... de MOI... Souviens-toi... de NOUS...